Gillette FleuryNous nous connaissons depuis longtemps avec Gillette.

Nos familles sont liées.

Et pourtant aucun de nous deux ne soupçonnait le goût de l’autre pour l’écriture et sa publication.

Plus d’une similitude d’approche nous rassemble.

Gillette Fleury

J’ai particulièrement aimé, ce regard, cette attention bienveillante aux gens, cette humanité qui essaye de comprendre comment les choses s’articulent et où les mécanismes se dérèglent progressivement.

Ce qui m’a tout d’abord frappé, c’est l’absence totale de référence à une école de pensée. Même si je ne peux m’empêcher de me rappeler Bruno Bettelheim et les livres qui suivirent, tels que « Si vous écoutiez vos enfants ? ».

J’aime beaucoup l’idée d’essayer de comprendre ce qui se joue dans le théâtre de la classe.

Plutôt que d’essayer de montrer du doigt des coupables visibles (les parents, l’administration qui prend cher et à juste titre), mais sur lesquels nous n’avons que peu de prises, Gillette Fleury essaye de nous donner à comprendre quels sont les enjeux du chahut.

Ensuite, elle procède par une double inversion de problématique : c’est parce qu’elle souffre qu’il est urgent de comprendre certains mécanismes, de les mettre en lumière, pas parce qu’ils sont justes ou universels. C’est là à mon avis l’angle d’attaque parfait : réfléchir à son expérience pour éviter de souffrir inutilement. Il y a ce coté vital : je cherche à sauver ma peau, mon dos, ma famille qui irrigue le livre et lui donne toute son urgence. Avec ce contrepoint permanent: sans jamais démissionner, sans renoncer à ses idéaux, au risque de mourir une deuxième fois.

Cela me fait penser à la nouvelle approche de l’écologie où Bertrand Piccard  explique que c’est une approche d’avenir, non parce quelle est juste mais parce quelle est économiquement rentable. C’est une espèce de gros mot, mais « de la rentabilité de l’acte d’enseigner », moi j’aime plutôt.

Du coup en réintroduisant la place de l’écoute, du silence, il y a comme une apologie du bon usage de la lenteur, que j’apprécie toujours autant lire chez Pierre Sansot.

Le deuxième retournement d’avec les approches classiques est très certainement de se demander,  si nous n’en faisons pas trop, donc si nous ne faisons pas, mal.

Et surtout si nous ne sommes pas en train d’essayer de faire à la place de. Pour être, à l’occasion, confronté à la problématique, je peux dire que cela résonne particulièrement chez moi.

Face à une école en surrégime (tout comme l’hôpital d’ailleurs) il n’est pas interdit de se poser la question.

Je suis donc ému d’avoir pu lire cette thérapie qui a permis à l’auteur de rester toujours debout.

J’aime voir évoluer le style d’écriture. On y entend le temps qui passe, et le plaisir libéré petit à petit, d’accepter de  « croquer » les élèves afin de leur donner une parole humaine où personne n’a ni tort, ni raison, mais où chacun a des « objectifs » différents.

Merci beaucoup, et bravo. C’est une œuvre salutaire pour tous ceux qui souffrent avec leur classe.

N’hésitez pas à aller rencontrer ce livre.

avril 2017

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