LE TRAITEMENT DES DIALOGUES par GERARD LAMPS

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atelier AFSI traitement des dialogues

Compte Rendu de l’Atelier AFSI autour de Gérard Lamps

20 décembre 2008

Dans un univers professionnel où l’on nous dit que les techniques évoluent très vite, le principal intérêt, pour moi, de l’atelier de Gérard Lamps a été d’essayer de nous faire partager sa «philosophie» de travail. Certes, il préférera, lui, parler de : « trouver sa place et son rôle » dans la chaine de production sonore. Mais, c’est justement cette humilité qui nous entraine à une réflexion plus large : pourquoi je fais ce métier, est-ce que j’apporte quelque chose, et à qui ?

Sa méthodologie appartient à celle d’une famille qui m’est très sympathique : celle des artisans-traducteurs.

Artisan, car, à partir d’une matière brute : le texte des comédiens, il façonne, il sculpte afin de fabriquer un objet qui corresponde à l’idée que s’en faisait le réalisateur.

Traducteur , car c’est en restant en permanence à l’écoute des remarques , mais aussi du langage des corps des gens présents lors du mixage que l’on se rend compte si cela « fonctionne » ou pas.

Quand l’inévitable question de la recette  à transmettre aux jeunes « mélangeurs » s’est présentée, la réponse ne lui fut pas très difficile à trouver : l’écoute et toujours l’écoute. Avec peut-être, un corollaire : ne jamais perdre sa capacité à toujours chercher et à se remettre en question.

Etre un artisan de l’équilibre sonore à la française nécessite la maitrise de facteurs délicats, comme de savoir si la perception  du « trop » d’un coté, ne serait pas plutôt un « manque » de l’autre coté. Ou de comprendre si la sensation que l’on a, ne serait pas plutôt du au niveau sonore de l’écoute. Bref de comprendre que dans le triangle, message sonore-lieu et système d’écoute-« mélangeur humain », c’est surement ce dernier qui est le plus sujet à variations.

Contrairement à une idée qui commence à se répandre , que ces gens sont les tenants d’une école révolue , dépassés par les nouvelles méthodes de travail, je pense au contraire que c’est seulement en replaçant toujours au premier plan , la finalité du travail , que celui-ci prend un sens. En gros ; les outils, ne sont que des outils. Il n’y a qu’à voir l’utilisation que Gérard fait du Protools , des plugins de « dénoise » et autres outils d’interprétation numériques comme les consoles Euphonix , pour comprendre que la maitrise d’un métier dépasse très largement la maitrise des objets techniques couramment employés. L’art du mélange n’est pas synonyme de la connaissance de l’emplacement du sel et du poivre. Je sais bien que G.L. refuse le terme d’art et qu’il lui préfère celui d’artisanat qui consiste à tout mettre en œuvre pour la compréhension des dialogues par un maximum de spectateurs.

Or c’est justement là où, avec d’autres, il introduit une véritable nouveauté. Cela à l’air d’une évidence totale, mais souvent les contraintes économiques nous emmènent à des choix pas forcément logiques. L’idée parait simple, le mélange des voix dépend un peu de la nature des autres éléments qui composent la somme. En faire une finalité, n’est pas forcément optimal. Rentrer des voix dans une VI est certainement moins fin, que d’appréhender l’ensemble comme un tout. Donc exit, le premix de voix. Et si on peut ; un mix par langues.

Quand  on voit la difficulté à rentrer dans les VF de certains films, on se dit qu’on assiste parfois à un  double échec : échec pour le réalisateur qui n’a pu faire passer ses idées, échec pour le spectateur qui est passé à coté d’un univers.

La problématique de fabriquer des objets uniques n’est donc pas vaine.

Et là la méthode de Gérard ayant toute sa pertinence, nous apprécions particulièrement ses conseils et remarques

Pour les preneurs de son du plateau qui ont un travail difficile : car on ne peut pas revenir en arrière.

Continuer de se battre pour essayer de placer au mieux les micros, car ce que feront les correcteurs sera toujours moins bien.

Pour la post-production, tous corps de métiers confondus

Garder en permanence à l’esprit qu’il faut vérifier que l’intervention que l’on fait, apporte plus de choses qu’elle n’en détruit.

Pour tous : ne pas mettre tous ses espoirs dans la technologie, car a bien y regarder, on n’est pas vraiment sur que la progression des technique ai entrainé une amélioration notable de la qualité des dialogues qui arrivent en audit.

Pour tous toujours et pour finir : être convaincu qu’il n’y a pas un mais une multitude de chemins pour arriver au but.

 

Jean-Marc L’HOTEL

Décembre 2008