ATELIER AFSI de Philippe BARBEAU et Martine TODISCO: la prise de son animalière

193

Une affaire de Goût

intervention de Jean-Marc L’HOTEL

Il y a néanmoins un effet pervers à vouloir réintroduire la notion de plaisir dans notre pratique professionnelle, si nous oublions de nous interroger sur la nature de nos goûts, donc de comprendre ce qui nous fait plaisir.

Si nous nous contentons de dire : cela est bien, parce que cela me plait, j’ai peur que nous tournions un peu en rond et que nous n’explorions pas. Souvenons-nous que nous sommes restés des enfants et que lorsque nous disons : « j’aime / je n’aime pas » , il nous faille plutôt entendre : « je connais / je ne connais pas »

Nous sommes les héritiers de notre culture sonore, donc pondérons nos réactions.

Je suis un pratiquant, pas forcément très religieux.

Tout comme pour la stéréo, chacun a la possibilité de choisir de se placer sur une ligne qui va de sensation à précision, encore faut-il faire cette démarche.

Les « discrets » pas si discrets que cela

En dignes héritiers du couple ORTF nous apprécions la chevauchée des grands espaces.

En étant un peu schématique, et sans vouloir fâcher personne ; on pourrait dire que: « plus la décorrélation des signaux est forte, plus la sensation d’espace est grande ».

Le grand OCT et l’arbre Decca aux multiples variantes explorent parfaitement cette voie et procurent de grands plaisirs immédiats.

contraintes

La principale est souvent la taille, car dès qu’il y a de l’image autour de nous, nous nous faisons « pourrir » car trop visibles . Parfois, nous devons nous déplacer, voir passer par des endroits étroits, et là nous sommes un peu coincés.

Le deuxième est le up ou down scale. Si ce type de captation est validée pour le 5.1 (5 haut parleurs, donc 5 micros) comment passer sans dommages à d’autres formats ?

Les « discrets » de plus en plus discrets

L’apparition des enregistreurs 4 pistes légers, voit se mettre au point de nombreuses solutions  compactes.

Suivant le bon principe Shadocks que : « plus qu’on pédale moins vite, moins qu’on avance plus lentement », la sensation est un peu moins forte, mais la précision grandit. La mobilité s’améliore

Nous trouvons là des montages réguliers : double AB, Croix IRT

des montages moins réguliers : Configuration Bernard Lagnel, H2 Zoom

des montages empiriques: Holophone H2 ou H4, le DPA 5100

L’idée pour tous est que le centre, ou on le zappe , ou on le recrée après.

Pour le down mix , on rencontre 2 écoles:

– je ne prends que les signaux AV

– j’ajoute un peu/beaucoup d’AR dans le mix

Si je suis convaincu de la beauté de la solution 2 , d’autres ne jurent que par la 1

Les « coïncidents »

Double MS on décode

Il faut accepter l’idée que un plugin conçu par un fabricant , c’est quand même beaucoup mieux et surtout plus puissant qu’un dématriçage « à l’arrache »

C’est une solution compact , en nombre de pistes utilisées (3) qui garde la possibilité d’effectuer le choix des espaces crées le plus tard possible.

Soundfield on dématrice

Format B

A la sortie du décodeur format B nous ne sommes devant un triple MS ( bi AV/AR, bi G/D, bi H/B)  plus un omni W, la disposition en tétraèdre dans l’espace a néanmoins évoluées depuis le micro Calrec. Nous avons donc à la sortie du préampli de codage en format B; nos 4 composantes W/X/Y/Z en niveau ligne plus une sortie stéréo manipulable à loisir en directivité et ouverture (niveau ligne également). Nous ne disposons pas forcément des meilleurs préamplis du monde mais la dégradation n’est pas pire  que celle qui consiste à  rentrer en  niveau ligne sur un enregistreur qui n’a de traitement dynamique et de filtrage, que sur ses entrées micros.

Format A

C’est la sortie audio directe des 4 capsules.

Avantages

– on utilise les préamplis de son choix

– le prix du système est moindre

– le plugin de dématriçage A vers B et A vers G (5.1) Soundfield n’est pas payant. Le fabricant demande à ce que ce plugin soit utilisé avec des micros de sa marque.

Inconvénients

– pas de sortie stéréo paramétrable disponible au moment de la prise de son

– si nous souhaitons  réellement travailler sur le son, nous n’échapperons pas au décodage B vers G

(nous y reviendrons)

Comme les capsules ne sont pas si exactement coïncidentes que cela, les plugins de conversion Soundfield A vers B appliquent un filtrage de correction . C’est transparent pour l’utilisateur.

La qualité audio

Je continue d ‘affirmer que l’histoire du souffle est une légende urbaine à laquelle , il est bon de tordre le cou.

Si le ST 250 avait ce défaut , il ne faut pas oublier que nous sommes passés au ST 350 et au SPS 200 depuis quand même pas mal de temps.

Si le souffle que l’on entend, est entendu au casque, il faudra quand même se demander depuis quand nous faisons confiance à la sortie casque d’un appareil ?L’équilibre tonal est pour moi parfaitement respecté. Là aussi il faudrait se demander si notre goût pour l’hyper agressivité dans les aigus n’est pas le produit de notre histoire .

L’autre légende urbaine; le « rumbling » dans l’infra grave à été mise en lumière par Philippe  Chenevez. Depuis que l’on utilise ses suspensions Zephyx , on mesure combien les Rycote étaient « en bois » et transmettaient les vibrations du sol à un capteur qui ne demandait qu’à les  enregistrer.

Pour moi les micros ambisoniques ont 3 avantages majeurs!

– la véracité de la restitution de l’espace sonore capturé. Même avec une disposition d’enceintes irrégulière dont le format B n’est pas très friand. Combien de fois m’a-t-on dit : « on s’y croirait  !». Et cela suffit à mon bonheur de preneur de son. Pas forcément rendre plus beau, seulement « rendre ». Ce n’est pas pour rien que les acousticiens et architectes sonores utilisent ces micros pour effectuer leurs mesures. C’est déjà un bon point de départ, même si nous savons, et nous y reviendrons, que nous voulons aller plus loin.

– leur indépendance par rapport aux systèmes de restitution. Que vous fassiez un mixage mono / stéréo/ 5.1 / 7.1 ou 8 , cela se fera toujours à partir des mêmes signaux. Cela reste donc un système très souple et très ouvert sur l’avenir

– les possibilités créatrices sont immenses. Je me répète, mais ma vision de la finalité de mon métier actuellement n’est pas de réaliser la captation sonore la plus ceci ou cela; la plus réaliste ou la plus belle. Ma finalité, c’est qu’à partir d’un point de vue que nous avons adopté, nous disposions d’une matière première que nous pouvons manipuler et transformer comme de la pâte à modeler. Nous sommes des photographes certes, puisque nous adoptons une distance, un cadre , un point de vue, mais nous sommes surtout des sculpteurs.

Quel bonheur de pouvoir tourner sur les 3 axes comme le permettent les plugins de format

Quel bonheur de pouvoir choisir des directivités différentes à l’avant et à l’arrière

Quel bonheur que de pouvoir étirer , distordre les espaces sonores grâce aux plugins de Euphonia

De tout cela, nous nous privons si nous passons directement de A vers G, mais peut-être que cela est déjà bien suffisant pour faire un film, surtout si on rogne sur le temps et les moyens.

 

Jean-Marc L’HOTEL

25 mars 2010