AMORGOS
Exhibition with Charles Glass and Anna Christy
08-12 septembre 2026
Cette rencontre s’est déroulée comme une évidence. Tout s’est enchainé très rapidement. Moins d’un an plus tard l’exposition était présentée aux publics, place Loza – Chora – Amorgos.
Nous avions compris que nous n’étions que des passeurs. Pour mieux la ressentir, nous avons regardé l’île avec d’autres oreilles. Captée au printemps, la bande sonore de l’exposition, avec sa richesse insoupçonnée, nous a permis d’ouvrir des portes que nos yeux n’avaient pas remarqué : un tissage de liens qui relie tous les vivants. Donnant à Amorgos sa sonorité si particulière.
A l’heure où nous demandons à des machines de traduire ce que nous n’arrivons pas à comprendre, il était important d’apprendre à faire confiance à nos sens, à nos qualités de perception, pour construire ensemble cette nouvelle grammaire. Si en mai le maitre-mot avait été : sentir. En septembre, il était devenu clair que nous étions devenus des traducteurs.
Il aura suffi de quelques cloches de brebis, de quelques battements d’ailes pour nous retrouver en phase avec le mouvement des herbes. Pour voyager dans un monde que nous pensions pourtant connaitre. L’oreille n’est décidément pas un moyen de transport comme les autres.
Je remercie donc tous les spectateurs qui se sont lancés dans cette contemplation active. Il semble évident que le son de l’île raconte encore aujourd’hui, la vie des générations passées. Toujours présent à bas niveau, ce silence si caractéristique, nous permet d’entendre, le présent, le passé, et peut-être le futur. Un trésor inestimable. Témoignage sensoriel mais aussi culturel de la vie qui nous a précédée.
La bande son de l’exposition (4h 44’) était audible en direct, via la plateforme Bridge Audio.
Aujourd’hui, les éléments sonores sont sur ma page Bandcamp
La version binaurale pour casque : Memory of Silence (Binaural version)
La version pour une paire d’enceintes : Memory of Silence (for loudspeakers)
De cet incroyable travail de 3 mois a surgi une étonnante surprise : il y a peut-être une porte dérobée dans laquelle s’engouffrer pour passer de binaural à une paire de haut-parleurs. On s’en parle si cela vous intéresse.
Walking — or rather, swimming — in the Music of Silence
Sounds set upon photographs by Charles Glass.
There is no doubt about it: the music of Amorgos’s silence is far richer, far more intricate, than we had imagined.
We love to walk, because meeting a country always begins with the ground. To discover it with your feet is surely the finest way to feel it, to come into resonance with it. That slow experiment steeps us through.
But – and on this too we agree – to walk is also to travel within oneself. Stopping, taking one’s time: these come into their own. From the two movements combined our understanding of the real is born. Which is far from confined to the present moment alone.
For to walk is also to travel in time. On Amorgos, the paths we follow are the very ones the islanders took, centuries ago. Where I have stopped, they stopped. The views I contemplate have changed only because the water has drained away. Of this I am certain: true relics of the past are vibrating at our ears. To find them, you must try to dissolve into the landscape.
We stopped. We contemplated. We learned to look, and above all to listen. Letting the atmosphere pass right through us, we tried to become fully part of this world. The most beautiful journeys are sometimes the ones that never move.
And if there is one thing we have thoroughly lived out, it is that silence is never empty. On Amorgos, in May, there are places with so little interference, so few needless sounds, that you can hear the insects playing with grains of grit. The wind, naturally, also delights in long conversations with the trees. Magical moments, reminding us that not so long ago a very ancient forest lived here. And so, sitting beneath their branches, filled with wonder, I listened to their stories. For these traces of the past, these vibrations from another age, are still there to be caught, low in the mix, only waiting for us to meet them.
Sometimes the engines of the Skopelitis, or a fishing boat’s, come in on top. Heartbeats, reminding us of the ties the island keeps with the rest of the world. Steady pulses that mingle with the ancient traces, with the sustained notes of the bushes, the hooting of the waves, the barely audible crackle of some of the insects, and above all the birdsong, to compose that utterly particular sound. Each has found its place, each knows which channel to broadcast on, each has tuned itself in. Who would ever imagine that so many living beings people the silence of Amorgos?
Going out to meet silence is a physical experiment. « Nothing » would be quite incapable of reaching us, but « everything » has it in its power to fill us. And silence, provided we tune ourselves to it, can become « everything ».
At the outset it is a slight physical pressure, bearing down on your shoulders. Then, gently, the smells fill our lungs. Only then do we begin to tell the separate strands of sound apart. Placing them, understanding them, becomes possible at last, for once freed of human noise pollution it turns audible, intelligible.
Just as much as the people or the landscapes, the sounds are surely one of the island’s priceless treasures. I am all the more convinced of it in that they carry me away at every listening. I do not know what the birds are saying to me, I do not know what the trees are telling me, but it is beautiful. It is infinitely poignant. One word keeps returning in my notes: balance. Everything around us in these perfect places – places where life has always been present, and into which we in our turn may write ourselves – seems to me in total harmony. We have nothing to do; simply be there. To make ourselves available, so that the exchange becomes possible.
Jean-Marc L’HOTEL September 2026
Marcher, ou plutôt, nager dans la Musique du Silence
Sons sur des photographies de Charles Glass.
Définitivement, la musique du silence d’Amorgos est bien plus riche et plus complexe que ce que nous imaginions.
Nous aimons marcher, parce que la rencontre avec un pays commence toujours par le sol. Le découvrir avec les pieds est certainement la meilleure manière de le ressentir, d’entrer en résonance avec lui. Cette expérimentation nous imprègne lentement.
Mais, et nous en convenons également, marcher c’est aussi voyager en nous-même. S’arrêter, prendre le temps, ont alors toute leur importance. De ces deux mouvements combinés nait notre compréhension du réel. Qui est loin de se limiter au seul moment présent.
Car marcher, c’est aussi voyager dans le temps. A Amorgos, les chemins que nous parcourons sont les mêmes que ceux qu’empruntaient les habitants, il y a plusieurs siècles. Là où je me suis arrêté, ils se sont arrêtés. Les points de vue que je contemple n’ont évolué que parce que l’eau s’est échappée. C’est pour moi une certitude: à nos oreilles vibrent d’authentiques vestiges du passé. Pour les découvrir il faut essayer de se dissoudre dans le paysage.
Nous nous sommes arrêtés. Nous avons contemplé. Nous avons appris à regarder et surtout à écouter. En laissant l’ambiance nous traverser, nous avons essayé de faire pleinement partie de ce monde. Les plus beaux des voyages sont parfois immobiles.
Et si il y a bien une chose que nous avons parfaitement expérimentée, c’est que le silence n’est jamais vide. A Amorgos, au mois de mai, il y a par endroits tellement peu de bruits parasites, tellement peu de sons inutiles, que l’on arrive à entendre les insectes qui jouent avec de minuscules cailloux. Bien évidemment le vent se plait aussi à discuter longuement avec les arbres. Moments magiques qui nous rappellent qu’il n’y pas si longtemps vivait ici une très ancienne forêt. Alors, assis sous leurs branches, émerveillé, j’ai écouté leurs récits. Car ces traces du passé, ces vibrations d’un autre temps, sont toujours perceptibles à bas niveau. Elles n’attendent que notre rencontre.
Parfois, les moteurs du Skopelits, ou celui d’un bateau de pêche viennent se rajouter. Battements cardiaques qui nous rappellent les liens que l’île entretient avec le reste du monde. Pulsations régulières qui se mêlent aux traces anciennes, aux notes tenues des buissons, aux hululements des vagues, aux crépitements à peine audibles d’une partie des insectes et surtout au chant des oiseaux, pour composer ce son si particulier. Chacun a trouvé sa place, chacun sait sur quel canal émettre, chacun s’est accordé. Qui imagine qu’autant d’êtres vivants peuplent le silence d’Amorgos ?
Aller à la rencontre du silence est une expérimentation physique. « Rien » serait bien incapable de nous atteindre, mais « tout » à la capacité de nous remplir. Et le silence, pour peu que l’on s’accorde avec lui, peut devenir « tout ».
Au commencement, c’est une légère pression physique qui appuie sur vos épaules. Puis, doucement les odeurs emplissent nos poumons. Nous commençons, alors à différencier clairement les informations sonores. Les localiser, les comprendre, est enfin possible, car dégagées de la pollution sonore humaine, elles deviennent audibles,compréhensibles.
Au même titre que les gens ou les paysages, les sons sont certainement l’un des inestimables trésors de l’île. J’en suis d’autant plus convaincu qu’à chaque écoute ils me transportent. Je ne sais pas ce que les oiseaux me disent, je ne sais pas ce que les arbres me racontent, mais c’est beau. C’est infiniment poignant. Un qualificatif revient régulièrement dans mes annotations : équilibre. Tout ce qui nous entoure dans ces lieux parfaits, dans ces lieux où la vie a toujours été présente et dans lesquels nous pouvons nous inscrire à notre tour, me semble en totale harmonie. Nous n’avons rien à faire ; juste être là. Nous montrer disponibles pour que l’échange soit possible.
Jean-Marc L’HOTEL juin 2026
Amorgos Exposition







